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« Les marques portugaises peuvent réussir en France si elles sont promues et défendues », affirme José Monteiro, directeur général des marques de L’Oréal.

« Les marques portugaises peuvent réussir en France si elles sont promues et défendues ». C’est le grand constat de José Monteiro, directeur international des marques de L’Oréal, exprimé dans une interview exclusive donnée au site internet de la Chambre de Commerce et d’Industrie Franco-Portugaise (CCIFP).
Ce portugais, qui est aussi membre de l’Institut National de la Propriété Industrielle français, considère néanmoins qu’il reste encore un long travail à faire pour que les entrepreneurs portugais et luso-descendants dans l’Hexagone intériorisent le rôle crucial que les marques jouent pour leur compétitivité, ainsi que les contraintes législatives qu’elles impliquent : « Je pense que cela se passe ainsi parce que notre âme portugaise a toujours été une âme entrepreneuriale, une âme d’aventure. Nous compensons, encore aujourd’hui, le manque de connaissance et de formation préalable par notre énergie et notre volonté. »

José Monteiro mentionne l’existence de marques de vins et de jus de fruits portugaises, entre autres produits alimentaires, qui possèdent une qualité supérieure à ses équivalents français et des prix plus attirants pour le consommateur. Il illustre l’importance des marques dans nos jours avec l’exemple de l’achat de Yves Saint-Laurent par L’Oréal. « L’Oréal n’a pas besoin des usines de YSL, ni de sa force de vente : nous avons déjà nos propres unités de production et nos équipes. Néanmoins, YSL constitue l’une des marques les plus typiquement françaises dans notre activité, peut-être la dernière marque de créateur en France encore indépendante », préconise l’expert portugais.

A côté des marques, José Monteiro est aussi reconnu comme l’un des plus éminents spécialistes internationaux sur les brevets et la protection des innovations technologiques.
En cette qualité, il n’hésite pas à faire des critiques tranchantes contre la posture des pays européens sur ce sujet.  Il constate, à cet égard, le danger technologique imminent provenant de l’Asie, aggravée selon lui par les divisions nationales existantes au niveau juridique, celles-ci étant à leur tour imposées par des « intérêts corporatistes » bien identifiés. Le juriste rappelle que la France a pris dix ans pour ratifier le Protocole de Londres pour la simplification de la validité de traductions de brevets en Europe, et pointe du doigt le Portugal de ne pas l’avoir encore fait. « Le travail d’un avocat juriste en propriété industrielle, ce n’est pas de la traduction. (…) Toutefois, la traduction, à elle seule, représente 40% à 60% du chiffre d’affaires de ces cabinets d’avocats. Du coup, si demain le Portugal adhère au Protocole de Londres, c’est 40% à 60% de leur chiffre d’affaires qui s’envolent. »

L’Asie, notamment la Chine, est aussi le principal objet des accusations de José Monteiro sur le problème de la contrefaçon. Il révèle que la contrefaçon représente actuellement près de 30% du budget de son département à L’Oréal, alors qu’elle n’en représentait que 5% il y a une dizaine d’années. Un chiffre qui, selon le responsable, ne cesse d’augmenter chaque année. « Si la situation ne change pas, nous dépenserons autant d’argent dans la défense de nos marques que pour son obtention. Ce qui est incroyable, illogique : c’est comme si on dépensait autant d’argent dans l’assurance de notre logement que pour son achat ! », proteste le juriste.

En mentionnant, entre autres, le procès judiciaire lancé par L’Oréal contre le géant des enchères en ligne le site eBay, José Monteiro affirme qu’il est devenu « presque impossible » de détecter les fabricants qui sont à l’origine du trafique de produits contrefaits en Chine, où ils deviennent de véritables « personnages invisibles » grâce à l’absence totale d’intervention des autorités nationales du pays.

C’est pourquoi l’interviewé conclut que les entrepreneurs portugais et lusodescendants doivent veiller non seulement à la protection de leur propre propriété industrielle – marques et brevets – mais également à celle de leurs pairs.
« Il y a beaucoup de personnes qui agissent en toute bonne foi, mais qui se retrouvent dans des situations compliquées à gérer du point de vue légal, issues d’une méconnaissance. Ayant accès à cette information que la CCIFP peut apporter à la communauté portugaise en France, leur niveau de connaissance augmentera certainement.», préconise-t-il.

Siégée à Paris, la CCIFP intègre plus de 120 entreprises, représentant actuellement environ 6000 salariés et à peu près 3,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires. José Monteiro est un des membres du Conseil Stratégique et de Développement, depuis mars 2007.

dimanche, 6 avril, 2008