Une interview mensuelle avec des professionnels provenant de divers horizons. Des entrepreneurs, des présidents, des politiciens, des professeurs partagerons avec nous leurs expériences et connaissances de manière franche et spontanée.
Manuel Rei Vilar est chercheur au Centre National de Recherche Scientifique (CNRS) et le directeur de la résidence André Gouveia de la Cité International Universitaire de Paris, plus connue sous le nom de "Maison du Portugal". Dans cette interview, Manuel Rei Vilar observe l'évolution de la coopération scientifique entre la France et le Portugal durant ces trente dernières années - univers qu'il connait d'ailleurs comme peu de personnes - et nous explique le potentiel mais également les principaux défis de la Maison du Portugal, charismatique institution franco-portugaise créée et détenue par la Fondation Calouste Gulbenkian, et dont il en a saisit les rennes depuis fin 2006.
CCIFP
Pouvez-vous nous raconter un peu votre parcours au Portugal, avant votre installation à Paris ?
J’ai terminé mes études en 1969, en Ingénierie Chimique et Industrielle à l’Institut Supérieur Technique (IST) de l’Université Technique de Lisbonne. Puis, on m’a invité à travailler à l’IST en tant qu’assistant. J’ai alors commencé à donner des cours de Physique Atomique en mars 1970 et j’ai débuté une thèse de doctorat dans le centre de Chimie-Physique Moléculaire (CQFM). On éprouvait de grandes difficultés à cette époque, en raison d’un manque d’équipement et de logistique.
Le 1er avril 1974, j’ai pris la responsabilité d’initier quelques cours théoriques sous la tutelle du Professeur Sales Luís, directeur de l’IST à ce moment-là. Trois semaines plus tard, le 25 avril, la Révolution des Œillets fut déclenchée. L’IST, comme toute la société portugaise d’ailleurs, a connu une période d’effervescence et fut secoué par une énorme vague de bouleversements, en termes de contenus et de méthodes pédagogiques dans son éventail de cours et disciplines. Ce fut une période de grands défis.
Comme vous devez le savoir, l’Université Technique de Lisbonne, et notamment les facultés telles que l’ISCEF et l’ISCSPU, a fait l’objet de révisions radicales en termes de contenus pédagogiques, afin de suivre les idéologies des secteurs les plus radicaux pendant la Révolution… Est-ce que cela s’est aussi vérifié au sein de l’IST ?
Non, cela ne s’est pas vérifié. L’ISR étant une faculté de sciences dites « dures » et suivant une orientation essentiellement technologique, les choses se sont passées différemment. Les enjeux ne seraient d’ailleurs pas les mêmes à l’IST que dans des facultés de sciences sociales, économiques et politiques. Je vous donne un exemple. Je donnais le cours de Thermodynamique, une discipline scientifique reposant sur trois principes fondamentaux : le premier, le deuxième… et le troisième ! Ni plus ni moins, c’est exactement comme ça ! Cependant, une semaine après le 25 avril, voilà que j’entre dans ma classe et il y a un élève qui me dit ainsi : « Alors, Monsieur, est-ce que nous allons continuer le même programme pour le cours ?! » Je lui ai répondu que oui, et que la thermodynamique reposait sur trois principes, que ceux-ci existaient bien avant le 25 avril 1974 et qu’ils demeureraient les mêmes après le 25 avril 1974, au Portugal et n’importe où dans le monde.
En fait, ce qu’il se passait c’est qu’à l’IST, comme d’ailleurs dans toutes les universités portugaises de l’époque, il y avait une dimension politique importante qui était associée à l’école. Jusqu’à la Révolution, les directeurs n’étaient pas, comme il en ai d’usage aujourd’hui, élus par leurs pairs mais nommés et imposées par le gouvernement. Or, il arrivait que notre directeur soit justement le chef de mon département. D’où la pertinence de la question de cet étudiant.
Néanmoins, et parallèlement à la recherche, il est vrai qu’il y avait toute une série d’archaïsmes qui persistaient au niveau de l’enseignement. C’est pourquoi il fallait que l’on procède à un véritable travail de modernisation à ce niveau. Dans l’affolement de ces jours, M. Sales Luís a dû quitter l’institut et notre équipe alors très jeune, pour avoir carte blanche dans la mise en œuvre de ce processus de modernisation des cours.
A quoi a consisté alors ce travail de modernisation pédagogique et scientifique de l’IST ?
Plus que les contenus pédagogiques proprement dits, le problème majeur se trouvait dans les méthodes adoptées qui, en plusieurs cas était trop anciennes et rétrogrades. La structuration des contenus et la manière de transmettre les idées et les concepts en physique aux élèves d’Ingénierie devait être améliorée. Je me souviens par exemple, qu’à cette époque nous avions introduit l’utilisation de films pédagogiques de quelques minutes, qui facilitaient la compréhension de certains concepts. Ce qui était inimaginable auparavant. L’enseignement au département de Physique était devenu quelque chose de répétitif et de théorique. Les examens n’avaient pour seule utilité que la réponse à des questions qui étaient toujours les mêmes.
En vérité, l’on valorisait beaucoup plus la mémoire des étudiants que leur capacité à construire un raisonnement. Il s’agissait donc d’un enseignement qui était souvent dépassé. Bien entendu cela n’était pas systématique dans d’autres cours ou départements. Il y a toujours eu à l’IST des professeurs qui étaient exceptionnels, aussi bien comme personnes que comme professionnels. Et dans les cours qu’ils donnaient, cela ne passait pas inaperçu.
Tout à l’heure vous avez expliqué que vous avez éprouvé beaucoup de difficultés à travailler sur votre thèse en raison d’un manque d’équipement. La logistique était-elle un problème à l’IST avant la Révolution ?
Oui, et ce manque était le miroir d’un des problèmes les plus graves, qu’il fallait corriger. Ce problème avait à voir avec l’expérimentation, qui est depuis l’aube des temps fondamental en Science et qui le sera toujours. Pour que vous ayez une idée de quoi je parle, les laboratoires des cours pratiques du département de Physique étaient obsolètes et se trouvaient en ce moment-là fermés, tout simplement. Et ceci, dans l’un des Instituts les plus réputés du pays, avec un prestige peut-être comparable à celui de l’Ecole Polytechnique, ici en France !
Il y avait beaucoup de départements qui fonctionnaient bien, et qui furent progressivement modernisés. Malheureusement, d’autres ne l’ont pas été. Ainsi, la Révolution des Œillets a constitué une ouverture et une opportunité d’accélérer et de généraliser ce processus au sein de l’IST.
Jusqu’à quand avez-vous été chercheur au sein de l’IST ?
En tant qu’effectif, j’y suis resté jusqu’en 1986. Dix ans auparavant, j’ai néanmoins été envoyé à Paris, en tant que boursier de l’Institut National de recherche Scientifique, et j’ai commencé mes travaux de doctorat au sein du Groupe de Physique des Solides de l’Université de Paris VII.
Qu’est-ce qui vous a décidé à « émigrer » vers Paris à ce moment-là ?
Ce qui m’a fait venir en France, c’est le faire que j’avais commencé à travailler avec le professeur Lopes da Silva (jusqu’à il y a peu, le Président du Conseil de Recteurs des Universités Portugaises), et lui aussi était déjà venu faire sa thèse ici en France. A cette époque, un nombre non négligeable de thèses de chercheurs portugais étaient réalisées en France, en Angleterre et quelques unes aux Etats-Unis. Je suis venu en France suite à la suggestion de mon directeur de thèse, qui fut naturelle en raison des connections déjà existantes entre mon laboratoire et quelques laboratoires français.
La plupart du temps j’étais sur Paris, et je donnais aussi des cours à l’Université de Paris VII. Même si ma formation de base était en Ingénierie Chimique-Industrielle, ma thèse a été faite dans le domaine de la Physique de l’état solide. Je pense qu’il est toujours très intéressant d’être situé dans deux interfaces disciplinaires, celles-ci étant entre la Chimique et la Physique, parce que l’on peut observer les choses suivant deux perspectives différentes. De toutes façons, durant ma thèse et jusqu’à aujourd’hui, je suis resté lié à l’IST et au CQFM par le biais de projets internationaux et par ma collaboration avec d’anciens collègues.
Vous êtes parti au moment où le processus révolutionnaire était achevé…
Oui, c’est vrai. La vie au Portugal et dans les Universités commençait à se calmer et à se stabiliser. C’est pourquoi j’ai trouvé ce moment propice pour me consacrer de nouveau à ma thèse et à mon activité en tant que chercheur. Il est vrai qu’entre 1974 et 1976, il était difficile de penser à quoi que ce soit d’autre qu’à nos élèves, l’enseignement et les restructurations administratives et pédagogiques de l’IST. L’agitation et la période de revendications des étudiants s’étaient apaisé après avoir traversé des périodes extrêmement délicates. Et il faut le rappeler, au bout d’un moment, au milieu de toute cette agitation au sein de l’IST, il y avait une Commission Directive constituée uniquement d’élèves, sans aucun professeur ! C’est pour cela que la dimension recherche et mon doctorat ont été temporairement relégués au second plan.
Comme vous le savez, votre arrivée en France a coïncidée avec celle de dizaines de milliers d’autres portugais…
Dans mon cas, cela s’est produit pour d’autres motifs et dans d’autres circonstances. Comme je vous l’ai expliqué, je suis venu ici parce que la France était le destin d’une bonne partie des doctorants dans mon domaine scientifique à l’époque. Je suis venu ici dans des conditions très différentes de celles de beaucoup de portugais venus, eux, dans la vague d’émigration massive des années 60-70, et qui l’ont fait pour des raisons fondamentalement économiques. A l’époque, les gens quittaient leur pays parce qu’ils avaient perdu l’espoir dans l’avenir. Dans leur avenir, mais également dans celui de leurs enfants. Je dois dire que je garde effectivement une grande admiration pour toutes ces personnes qui, dans un moment de désespoir, on dû quitter leur pays brusquement pour démarrer une nouvelle vie. Ces portugais sont de véritables héros.

Vous avez travaillé entre deux systèmes d’enseignement – le français et le portugais – pendant plus de 30 ans. Quelles différences observez-vous dans les évolutions des systèmes d’enseignement et de recherche scientifique des deux pays ?
Quand j’ai commencé à bâtir ma carrière, il était difficile de faire de la recherche au Portugal, même si à l’IST nous étions considérés comme des « privilégiés » par rapport à d’autres écoles. Si jamais une machine tombait en panne, il était très compliqué de la faire réparer. Nous faisions face à une situation où, d’un côté, il y avait des chercheurs de qualité, et de l’autre côté, il n’existait pas les outils adéquats. Mais petit à petit, avec beaucoup de volonté et de persistance, on a réussi à faire changer les choses. Il y a eu dans mon parcours quelques épisodes, presque caricaturaux, pour que cela devienne une réalité.
Pouvez-vous partager avec nous un de ces épisodes, à titre d’exemple ?
Bien sûr! Comme vous le savez déjà, je suis venu en France faire ma thèse dans de domaine de la Physique des Surfaces. En même temps, j’ai toujours maintenu une forte liaison avec mon ancien laboratoire à l’IST. Alors nous avons construit ici à l’Université de Paris VII, un spectromètre de perte d’électrons, un appareil extrêmement sophistiqué pour faire ce type d’analyses, dans la mesure où l’on attend de lui une grande sensibilité pour détecter des quantités réduites de matière. Ce projet a déjà été fait dans le cadre d’un accord de financement franco-portugais.
Quand on m’a invité pour travailler, j’ai pu acquérir un nouvel appareil. Nous étions en 1985, un an avant que le Portugal ait adhéré à l’Union Européenne, et nous prévoyons déjà les fonds structurels européens d’appui à la science, ce pourquoi cela pourrait constituer une bonne opportunité pour renforcer la logistique de notre laboratoire à l’IST. Nous avons alors pensé ainsi : vu que j’avais déjà un nouvel équipement, mes collègues de l’IST pourraient emmener au Portugal mon ancien équipement, que j’avais construit, pour qu’on puisse démontrer le potentiel scientifique du laboratoire et solliciter plus facilement un équipement aussi plus moderne pour l’équipe portugaise. Ceci dit, nous avons démonté l’équipement que mes collègues transporterait jusqu’à Lisbonne dans une voiture de l’IST, déjà bien trop ancienne, dans un voyage de 2000 kilomètres…et évidemment, sans les autoroutes qui existent aujourd’hui. Vous pouvez imaginer la sacré aventure que cela a été. Après quelques trous dans les pneus, nos « héros » ont réussi néanmoins à apporter l’équipement à Lisbonne.
En effet. Mais ce type de situations aurait commencé à devenir plus rares avec l’adhésion portugaise à la CEE…
Oui, effectivement à partir de 1986, en montrant qu’on avait avancé et que nous avions gagné des compétences dans ce domaine, et en utilisant des équipements modernes, les choses ont progressé de manière plus accélérée. Dans les années 90, grâce à l’activité de mes collègues, le CQFM a atteint un niveau d’excellence de niveau européen. Ces aventures et d’autres, peut-être inconnues, ont servi pour qu’il y ait aujourd’hui une production scientifique de qualité au Portugal avec des travaux de recherche inscrits dans les meilleures revues scientifiques du monde.
Le célèbre partenariat MIT-Portugal, commencé en 2006, et dans laquelle l’IST est une institution-partenaire n’est pas le fruit du hasard. D’ailleurs, l’effort de l’Union européenne dans le domaine de la recherche scientifique et de ses Etats-membres, a fait en sorte que le décalage avec les niveaux de recherche du Portugal connaisse une tendance à se diminuer.
Parlons un peu de la Résidence André de Gouveia, plus connue comme la « Maison du Portugal ». Comment a commencé votre histoire avec cette institution. Est-ce qu’il s’agit d’une relation récente ?
Oui et non. Ma relation avec la Maison du Portugal a commencé quand je suis venu vivre à la Cité internationale universitaire de Paris (CIUP) en octobre 1976, quand je suis devenu résident non de la Maison du Portugal mais de la Fondation Deutsch de la Meurthe, une autre maison de la CIUP, qui ont des locaux extraordinaires. J’ai vécu ici pendant trois ans, ce qui m’a permis de découvrir la CIUP, une entité unique dans le monde.
La CIUP, unique dans le monde ? Que voulez-vous dire?
Normalement, nous sommes habitués à penser la Cité Universitaire comme un campus universitaire comme par exemple la cité universitaire de Lisbonne qui, en vérité, est seulement le campus de l’Université Classique de Lisbonne.
La CIUP, à son tour, est un concept très original, issu de son histoire elle-aussi très originale. En 1920, après la Guerre 1914-18, un grand industriel français, Émile Deutsch de la Meurthe, a voulu être le mécène d’une œuvre sociale. Il s’est conseillé à cet effet, auprès d’un ami à lui, le recteur de l’Université de Paris, qui lui a parlé de la nécessité de créer des logements pour des étudiants. Avec cette idée, les deux sont allés parler avec le ministre de l’Instruction Publique, qui par hasard a été l’inventeur du changement horaire, une habitude qui s’institutionnaliserait jusqu’à nos jours deux fois par an. Il s’agissait de M. André Honnorat.
Cet homme avait une véritable vision universaliste des choses. Ainsi, il a donné son accord à l’idée de Deutsch de la Meurthe de faire une cité universitaire, mais il a voulu que celle-ci soit placée à un niveau supérieur. Qu’elle soit conçue de manière à intégrer des étudiants de toutes les nationalités du monde, en stimulant la convivialité, un véritable brassage afin de nouer des liens internationaux entre des futurs cadres, les élites de demain, et afin d‘éviter des catastrophes comme celle de la Première Guerre Mondiale… qui avait terminé deux années avant, avec des milliers de vies perdues sur le sol européen.
Vous voulez dire que, plus qu’un projet d’appui à l’Université de Paris, la CiuP est née comme un projet fondamentalement humaniste et universaliste ?
Exactement. Et personnellement je n’ai pas connaissance d’aucun projet dans le monde qui ait eut la même ambition et la même philosophie de base. Ni même le propre programme Erasmus, que nous connaissons tous aujourd’hui. L’objectif de la CiuP n’était pas européen, mais universel, il suffit de se rappeler que la CiuP héberge aujourd’hui des étudiants de 140 pays !
Cependant, le profil des étudiants qui venaient vivre à la CIUP dans les années 70 est différent de celui des étudiants d’aujourd’hui…
Oui, effectivement il est légèrement différent, justement parce qu’en ce moment il y a plus d’étudiants de master, grâce à l’ouverture que l’Union européenne a apporté aux études universitaires. Avant, la plupart des étudiants qui venaient chercher un logement à la CIUP étaient des doctorants. Depuis, cette situation est en train de changer, parce que dans tous les pays de l’UE, de nos jours, on fait des doctorats avec une équivalence internationale. Outre les Erasmus et les doctorants qui continuent à venir, d’autres résidents sont des post-doctorants, des artistes, des médecins en stage et des sportifs de haut niveau. Par conséquent, le profil des résidents de la Maison du Portugal est différent de ce qui fut dans le passé. De toute façon, la période maximale de résidence à la CIUP continue à être de trois ans.
Que considérez-vous avoir gagné durant ces trois ans où vous avez vécu à la CIUP ?
J’ai tout d’abord gagné ce que tout résident gagne quand il arrive : un contact quotidien avec plusieurs nationalités et disciplines, et le résultat de cette expérience. J’ai gagné beaucoup d’amis, de plusieurs nationalités et de plusieurs domaines universitaires. Effectivement, la diversité des résidents de la CIUP ne se limite pas uniquement aux nationalités mais aussi aux différents domaines d’études académiques. Et ce contact avec cette diversité est extraordinairement important pour un jeune qui entre dans l’âge adulte et qui développe sa formation de personne humaine, en unissant ses compétences professionnelles à une vision plus globale du monde.
Maintenez-vous toujours le contact avec ces personnes ?
Oui. J’ai des amis qui, comme moi, sont restés à Paris et d’autres qui sont partis, ainsi que des amis français qui ont toujours vécu ici. Je n’ai pas gardé beaucoup d’amis portugais de cette époque-là, car mes routines de vie ne me donnaient pas beaucoup de temps pour fréquenter la Maison du Portugal.

Qu’est-ce qui vous a fait accepter le défi de prendre la responsabilité pour la Maison du Portugal ?
D’une part, ma liaison avec la CIUP, en tant qu’ancien résident, et le fait de savoir que la Maison du Portugal avait été créée par la Fondation Calouste Gulbenkian, qui est une entité à qui je dois une partie importante de mes études: ce fut avec une bourse attribuée par cette institution que j’ai pu financer mes études secondaires. A cette époque, il y avait des bourses pour le lycée, aujourd’hui il y en a de moins en moins… ce qui est dommage. D’autre part, il y avait le fait que le projet soit dans l’interface entre deux pays aussi importants pour moi que sont la France et le Portugal.
Finalement, le projet de reconstruction de la Résidence André Gouveia, encore une fois subventionné par la Fondation Calouste Gulbenkian, en partenariat avec la Caixa Geral de Depositos, la banque Millenium bcp et la Fondation Oriente. Il s’agissait d’un projet ambitieux et mettait en place une architecture différente de celle du Parc de la Cité, alliée à la modernisation de notre Maison, avec une augmentation importante du nombre des chambres, passé de 120 à 170 et ses conditions de confort (salle de bains privée, frigo, et connexion illimitée à l’internet). Ce projet, si important pour nous tous, les portugais, était véritablement motivant. Tout ceci m’a poussé à me poser ma candidature à ce poste. Et enfin, voilà, j’ai fini par être choisi pour diriger cette Maison.
Quand vous avez pris la responsabilité de la direction de la Maison du Portugal en novembre 2006, vous l’avez fait dans un moment où celle-ci se trouvait face à de grands défis…
Effectivement, de grands défis! Il y avait en effet beaucoup de choses à faire. Premièrement, les travaux qu’il fallait terminer. Lorsque je suis arrivé, les travaux étaient en cours. Nous avons fixé la date d’ouverture pour le 5 janvier 2007, ce que nous avons réussi à faire. A partir de cette date, et progressivement, les étages ont été occupés par les résidents qui on dû cohabiter avec les travaux pendant tout une année. Les premiers résidents ont évidemment souffert de cela, mais l’ambiance entre eux était exceptionnelle. Heureusement, pendant toute cette période, j’ai pu compter sur l’implication et le soutien de mon équipe, à la quelle fut confiée une grande partie de l’activité quotidienne de la Maison. Ce soutien me permet de concilier ma profession de chercheur avec cette activité parallèle.
Le deuxième grand besoin était de renforcer l’identité de cette Maison, après une clôture de deux ans et demie en raison de ses travaux de rénovation. En effet, cette Maison continue à représenter ici à Paris, le Portugal et la Fondation à laquelle elle reste liée. Le fait que la Résidence André de Gouveia ait de nouveau un directeur portugais et un Conseil d’Administration dirigé par le Président de la Fondation Gulbenkian, est important pour conserver son identité nationale. Actuellement, l’administration de la maison dépend entièrement de la CIUP, ce qui la différentie de sa situation antérieure.
Par ailleurs, il reste encore beaucoup à faire comme par exemple, la rénovation des espaces culturels. Il y a le Théâtre à reconstruire et la Salle Polyvalente à finaliser. Une bibliothèque à être créée dans l’ancien espace des garages. Nous avons besoin de réussir la restauration complète de cette maison, et pour cela je compte sur l’aide de tous les portugais, surtout, de ceux qui vivent ici en région parisienne. Ce qui constitue un grand défi, quand on pense que nous avons un emprunt que nous avons réalisé pour financer les travaux de rénovation, que nous payons tous les mois.
Est-ce qu’il existe une association d’anciens résidents de la Maison du Portugal ?
En fait non. Et cela est justement un des projets les plus importants que j’envisage de concrétiser encore dans la période de mon mandat. J’ai d’ailleurs commencé à contacter une série d’anciens résidents pour qu’on puisse créer cette association. Il y aura peut-être des anciens résidents qui lisent ces lignes, et ce que je voudrais leur demander c’est de bien vouloir prendre contact avec moi, pour que l’on puisse consolider les bases de cette association. Il existe déjà des ébauches de règlements, mais rien encore d’établi. Par ailleurs, il faudrait continuer à inclure une dimension d’identité de la Résidence André de Gouveia, qui a sa propre histoire. Beaucoup de résident passés par cette Maison assument aujourd’hui des responsabilités à plusieurs niveaux au Portugal, en France et dans d’autres pays et qui, encore aujourd’hui, en gardent un souvenir très chaleureux.
A titre de curiosité, en octobre 2007, j’ai eu l’opportunité de connaître une ancienne résidente devenue la dirigeante d’une entreprise qui est membre fondateur de la CCIFP. Il s’agit de Mme. Graça Correia da Silva, directrice général de la Banque BPI, et qui était à ma table lors d’un diner-débat organisé par la CCIFP en partenariat avec la Caixa Geral de Depositos, sur le futur du secteur bancaire au Portugal. Je sais également d’ailleurs, qu’elle a aussi été interviewée pour le site de la CCIFP il y a quelques mois. J’espère bien qu’un jour l’Association des Anciens résidents de la Résidence André de Gouveia verra le jour.
Comme vous le savez, la CCIFP a soutenu et divulgué aussi bien les activités culturelles de la Maison du Portugal, et mis en relief auprès de ses membres la valeur d’éventuelles actions de mécénat…
C’est vrai. Et moi, au nom de la Résidence, je peux vous affirmer que je suis profondément reconnaissant à la CCIFP de l’intérêt et du soutien que celle-ci nous apporte en ce moment fort délicat. Cependant, je pense qu’il serait positif pour nos deux institutions que cette relation aille encore plus loin, dans une activité de partenariat à l’image, telle que nous le faisons déjà avec l’Institut Camões et la Fondation Calouste Gulbenkian.
Je pense effectivement que la CCIFP est une institution qui arrive à réunir de manière exceptionnelle une grande synergie en région parisienne, ce qui est dû en grande mesure à son influence auprès des entrepreneurs portugais et luso-descendants en France. Et si nous souhaitons développer la Maison du Portugal et en même temps maintenir et renforcer son identité, avec qui pouvons-nous compter sinon justement avec cette synergie portugaise, constituée de personnalités portugaises et luso-descendantes qui travaillent tous les jours avec la CCIFP et dans les entreprises adhérentes ?
Et dans cette optique, que pensez-vous que la CCIFP pourra faire en collaboration avec la Maison du Portugal, dans un avenir proche ?
D’une part, je pense que la CCIFP pourra former un partenariat avec la résidence André de Gouveia. Nous avons ici un espace propice pour la réalisation d’évènements et de manifestations professionnelles, aussi bien dans notre salle Polyvalente que dans le Théâtre, dès que celui-ci sera rénové. De plus, l’intérieur de la CIUP ne manque ni de place pour parquer les voitures ni d’espaces verts extérieurs pour converser durant les pauses des activités. Toutes les personnes qui viennent voir notre salle polyvalente pour la première fois sont émerveillées par la luminosité et la modernité de la pièce, qui s’harmonise parfaitement avec notre grand panel des Découvertes, évoquant notre histoire, notre culture et nos racines.
D’autre part, dès que nous pourrons utiliser le Théâtre, qui est placé juste à côté de la Salle Polyvalente, la CCIFP pourra disposer d’un espace complémentaire à celui de la salle. Elle pourra par exemple réaliser un évènement professionnel dans la Salle, et juste après déplacer les participants vers le Théâtre afin que ceux-ci assistent à un concert de fado ou de musique classique, avec une centaine de places disponibles. Mais nous avons réellement besoin de fonds pour terminer ces espaces.
En somme, je pense que nous avons à la Maison du Portugal beaucoup de contreparties à donner en échange de l’aide que la CCIFP ou d’autres institutions peuvent nous rendre. Nous avons, en outre, la possibilité de constituer une véritable vitrine du Portugal, non seulement à niveau culturel et social, mais également à tous les autres niveaux : académique-scientifique, universitaire, professionnel, entrepreneurial, etc.
Et tout cela, en plein cœur de Paris, la deuxième plus grande ville portugaise du monde.
